Pile de livres anciens aux couvertures illustrĂ©es et usĂ©es, posĂ©s sur une table en bois avec des feuilles d’automne.

Lire pour fuir, lire pour vivre

Et si lire, c’était aussi revenir Ă  soi ?

J’ai toujours aimĂ© lire.
Je ne saurais dire de qui je tiens ça. Peut-ĂȘtre de personne. Ou peut-ĂȘtre de tout le monde.
Je dis parfois, en souriant, que ma fille tient ça de moi. AprÚs tout, pourquoi pas ?
J’aime cette idĂ©e, comme un fil tissĂ© entre gĂ©nĂ©rations, tout en sachant que certains Ă©lans naissent sans racine apparente.
Et si la lecture lui procure ne serait-ce que la moitiĂ© de ce qu’elle m’a donnĂ©, alors je peux dire sans hĂ©siter : je suis la plus heureuse des mamans.

La lecture, un refuge — mais aussi un territoire

On dit souvent que lire, c’est s’évader.
C’est vrai.
J’ai lu pour fuir, pour rĂȘver, pour m’envoler loin des devoirs de grammaire ou des jours de pluie.
Mais avec le temps, j’ai compris que la lecture ne m’avait pas seulement fait fuir le monde : elle me l’a aussi donnĂ©.
Mes livres ont façonnĂ© mes lieux. Chaque coin de rue, chaque banc, chaque pierre garde l’écho d’une histoire lue lĂ , un jour, en silence.
Et parfois, quand je remonte la rue des Marronniers, j’ai cette sensation Ă©trange de marcher dans un roman que j’aurais moi-mĂȘme Ă©crit sans le savoir.

Souvenirs de lectures

Il y en a eu des endroits de lectures dans mon village. Je ne pourrais pas vous les citer tous. Mais je peux vous parler de ces livres qui m’ont marquĂ©s.
Je crois que je garderais ces souvenirs toute ma vie. C’est bien souvent que je rĂ©pĂšte toujours la mĂȘme chose Ă  mes enfants. Enfin eux vous diront que je radote. Mais ils m’Ă©coutent toujours avec bonheur. Comme ils le disent, voir mon visage s’illuminĂ© quand je parle de mes souvenirs de lecture : cela vaut tous les radotages du monde.

Mes premiùres lectures : Martine, la bicyclette
 et les feuilles mortes

J’avais huit ans quand j’ai lu seule mon tout premier livre : Sissi, impĂ©ratrice.
Je me souviens précisément de la couverture.
Assise sur une pierre un peu bancale, Ă  deux pas de la maison, j’ai dĂ©couvert qu’un livre pouvait ĂȘtre un monde entier.
Je suis ensuite tombée dans la BibliothÚque rose : Alice détective, Le Club des Cinq, Oui-Oui
 tout y passait.


Et puis un jour, j’ai dĂ©couvert qu’à l’école, on pouvait demander des livres pour le week-end. Un trĂ©sor.

Les quatre filles du docteur March — et une rĂ©vĂ©lation douce

Je crois que Les quatre filles du docteur March a changé quelque chose en moi.
C’était un cadeau. Un vrai.
Un roman Ă©pais, que j’ai lu lentement, avec attention, en notant des phrases dans un vieux cahier d’école.
Je me sentais proche de Jo, bien sûr. Comme beaucoup.
Mais ce n’est pas elle qui m’a marquĂ©e. C’est Beth.
Sa fragilité, sa bonté silencieuse. Et surtout, le fait que ses mots me suivaient aprÚs.

Je me revois sous le grand marronnier, au coin de la rue, le livre sur les genoux, les jambes croisées.
Je crois que ce jour-là, j’ai compris que lire pouvait rendre plus attentive au monde.

Barbara Cartland
 ou le goût du secret

À 14 ou 15 ans, j’ai dĂ©couvert les romans Ă  l’eau de rose.
Les Barbara Cartland, avec leurs héroïnes diaphanes et leurs lords tourmentés.
Je les lisais en cachette.
Ils étaient rangés dans une boßte à chaussures, sous mon lit, avec une vieille écharpe par-dessus.
Je les empruntais Ă  une voisine plus ĂągĂ©e qui les achetait en kiosque, et me les prĂȘtait en douce.

Lire en se cachant, c’est aussi lire avec plus d’intensitĂ©.
Chaque page avait le goĂ»t de l’interdit, du frisson, du je ne devrais pas mais je le fais quand mĂȘme.

Jane Austen Ă  la fontaine

Un Ă©tĂ©, j’ai lu Orgueil et PrĂ©jugĂ©s adossĂ©e Ă  la fontaine, au bout de la rue.
C’était un jour de canicule.
L’eau clapotait doucement, et j’avais calĂ© mon dos contre la pierre fraĂźche.
Je ne comprenais pas tout.
Mais l’ironie de Jane Austen, sa façon de peindre les gens avec des sourires en coin, me fascinait.
J’ai appris ce jour-lĂ  que la lecture n’était pas seulement une histoire de “ce qui se passe”, mais de comment c’est racontĂ©.

Agatha Christie

Dans ma chambre, un tiroir était réservé aux Agatha Christie.
Je les empruntais Ă  la bibliothĂšque municipale, et parfois, on s’échangeait des titres entre copines comme des secrets.
Je me souviens d’un dimanche pluvieux, oĂč j’ai lu Le crime de l’Orient-Express d’une traite, roulĂ©e dans une couverture.

Ces lectures étaient des abris. Des cabanes mentales.
Et Hercule Poirot, avec ses moustaches et ses manies, est devenu un membre de la famille.

Des lectures, des carnets, une vie

Je ne lisais jamais sans carnet.
J’y notais des passages, mais aussi des idĂ©es, des phrases que j’aurais voulu Ă©crire.
Je me disais qu’un jour, peut-ĂȘtre, j’écrirais aussi.
Pas pour ĂȘtre lue. Juste pour faire comme les grandes.
Aujourd’hui encore, j’ai des carnets pleins de listes, de titres, de souvenirs.
Certains sentent la confiture. D’autres, la pluie.

Relire sa rue comme on relit un chapitre

Quand je marche dans ma rue aujourd’hui, ce n’est pas seulement le trottoir que je vois.
C’est l’enfant qui lit Sissi, l’adolescente qui rĂȘve de Darcy, la jeune fille qui gribouille dans son carnet, l’amie qui rit sous un marronnier.
La lecture m’a donnĂ© mille vies.
Mais surtout, elle a rendu la mienne plus pleine, plus vivante, plus sensible.
Et pour ça, je lui dois bien quelques lignes.

Et vous ?
Quel livre vous rappelle une rue, une odeur, une saison ?

  • Jeune femme blonde lisant Orgueil et PrĂ©jugĂ©s de Jane Austen sur un banc fleuri, dans un parc baignĂ© de lumiĂšre dorĂ©e.
  • Fillette blonde lisant un roman de Barbara Cartland Ă  la lampe torche, cachĂ©e sous une couverture.
  • Jeune fille lisant un roman sous un marronnier, dans une rue paisible aux teintes automnales.


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